Voici un article que j’ai rédigé pour notre Bulletin n°36 de la Société d’Horticulture de la Sarthe, je le
reprends tel quel et pour l’égayer, j’ai retrouvé cette illustration que j’avais faite d’après les massifs assez anciens (dont l’identification est d’ailleurs incertaine…), qui se trouvent au
Jardin des Plantes du Mans.
Dans cet article, j’oublie les Azalées qui sont pourtant des Rhododendrons mais souvent à feuilles caduques et dédiées à la
culture en pot. Ce sont surtout les Rhododendrons arbustifs, à feuilles persistantes qui nous occupent ici.
Ce court exposé est loin d’être complet, le sujet est complexe et le point de vue d’un américain ou d’un japonais par exemple, sur
l’importance de telle ou telle espèce type, serait très différent du nôtre en tant qu’européen. Il n’était pas possible de citer toutes les espèces type, j’ai donc fait un choix, surement
contestable !
Le premier rhododendron qui fréquenta les jardins d’Europe était une espèce « de proximité », alpine, le Rhododendron hirsute (R.hisutum) acclimaté par John Tradescant vers 1656 dans les jardins anglais, il tolère mieux que son cousin le
Rhododendron ferrugineux (R. ferrugineum), l’acclimatation en plaine, mais ce dernier fut cultivé aussi un peu plus tardivement,
vers 1740. Dans la nature, les deux espèces sont des « vicariants vrais », c'est-à-dire qu’ils dérivent d’une seule espèce alpine et dans certaines régions, il existe même un hybride
naturel. C’est la nature du sol qui les a différenciés ; le R. ferrugineux a besoin comme tous les autres d’un sol acide ; le R. hirsute occupe des terrains plus calcaires. C’est une
exception dans ce genre qui aime tant la terre de bruyère, ce qui est normal puisque les rhododendrons sont bien des Ericacées ! On donna au Moyen-âge à ces premiers rhododendrons, le
nom poétique de Rosage.
Lorsque Pitton de Tournefort, en 1702, ramène une autre espèce de son voyage en Asie mineure, il la nomme le Rosage de la Mer
noire; il s’agit du Rhododendron pontique (R. ponticum).On découvrira par la suite qu’il
existe une autre sous-espèce au Portugal et au Sud de l’Espagne, R.ponticum ssp baeticum. Bien que le réel succès des
rhododendrons dans les parcs et jardins soit plus tardif et causé par les découvertes d’espèces plus lointaines, le R. pontique ou Rhododendron des
parcs (R.ponticum ssp ponticum) n’a pas cessé de se répandre en Europe de l’Ouest au point qu’il est considéré en Irlande et depuis peu, même en
Basse Normandie, comme une espèce menaçant la biodiversité ! Il faut dire que ce bel arbuste (mais peut-on encore parler d’arbuste pour une espèce qui s’élève jusqu’à 8 m de hauteur ?)
se sent particulièrement à son aise dans les forêts et landes de la zone atlantique ; ses branches basses se marcottent naturellement. Cette espèce peut servir de porte-greffe. Des cultivars
sont toujours commercialisés, par exemple ‘Roseum’ ou ‘Variegatum’. Rhododendron x ‘ponticum’ accusée aussi d’être envahissant,
résulte d’un croisement de notre R.pontique avec le Rhododendron de Virginie (R.catawbiense).Cet américain, très
rustique, résiste à -32°C, ses fleurs sont plus grandes ; il intervient aussi beaucoup dans la création des hybrides, notamment avant qu’on découvre toutes les espèces du Népal et du Sikkim.
Ensuite il sert aussi de porte-greffe.
Mais reprenons la chronologie des introductions d’espèces botaniques. Comme de toute façon, les rhododendrons sont dénommés maintenant par
leur nom latin, j’ai eu envie de vous donner aussi leurs noms anciens, désuets…ce sont là les noms communs que donne Louis Claude Noisette, en 1826, dans son Manuel
complet du jardinier, maraicher, pépiniériste, botaniste… (vol 3)
En 1780, nous arrive de Sibérie, le Rosage de Daourie (Rhododendron
dauricum), puis un peu plus tard le premier Rosage à fleurs jaunes (Rhododendron chrysanthum), les 2 ont aussi des vertus médicinales. De ces contrées encore, nous vient le Rosage du Kamschatka (R.camtschaticum) à feuilles caduques et de silhouette assez
prostrée. A cette même charnière du 18ème et du 19ème siècle, du Caucase viennent R.luteum (très belle
floraison jaune mais le feuillage est caduc, on le trouve maintenant sous le nom d’Azalée pontique) et le Rosage du Caucase (R.
caucasicum), de couleur blanc-crème.
Et de l’Ouest, quelles nouvelles? A partir du milieu du 18ème siècle, nous arrive d’Amérique, le Rosage
d’Amérique (R.maximum), le Rosage ponctué (R.minus) et, vers
1809, le Rosage de Catawha (R.catawbiense) nommé maintenant Rhododendron de
Virginie et dont il existait déjà plusieurs variétés du temps de L.C.Noisette.
Au moment de la parution de son livre, L.C.Noisette, ne peut évoquer qu’une seule espèce d’Extrême-Orient, le Rosage en
arbre : il s’agit de Rhododendron arboreum, qu’on ne connait alors qu’en herbier. C’est le docteur Wallich qui
en envoie des graines en 1827. Il fera aussi connaître très tôt, en 1825, le Rhododendron campanulatum, venu du
Népal.
Après quelques années plus calmes durant lesquelles s’activent les premiers hybrideurs, le milieu du 19ème siècle, va connaître de nombreuses et belles
découvertes venues d’Extrême-Orient. Un botaniste anglais, Joseph Dalton Hooker, parcourt le Népal et le Sikkim et répertorie 36 nouvelles magnifiques espèces. Ceci donnera lieu à la
parution en 1850, d’un ouvrage prestigieux « The Rhododendrons of Sikkim-Himalaya »(lithographies de Walter Hood Fitch,voir ci-dessus et
ci-dessous).
Le Rhododendron grande Wight. (ci-dessus) est une espèce des forêts
montagnardes de moyenne altitude (de 1600 à 3000 m) que J.D.Hooker avait nommé R.argenteum.
Dans cette série figurent des espèces originelles toujours présentes dans nos jardins, comme par ex. R.cinnabarinum.
Les nouveaux hybrides qui seront produits à partir de 1900, sont issus de ces espèces himalayennes, surtout R.griffithianum (=R.aucklandii), R.thomsonii, R.barbatum, R.arboreum ainsi que d’une espèce parfumée provenant de l’est de la
Chine R.fortunei. Des graines de R.fortunei sont envoyées en 1855 par Robert Fortune, un autre
fameux découvreur de plantes à qui nous devons le thé (Camelia sinensis). Cependant, jusqu’à ce milieu du 19ème siècle, aucune autre espèce chinoise n’est connue, l’Ouest de
la Chine, surtout, est difficile d’accès. Des missionnaires français feront découvrir un peu plus tard les nombreuses espèces qui s’y trouvent, les pères Armand David, Jean-Marie Delavay, Paul
Farges et Jean Soulie. Il revient à Adrien Franchet du Museum d’Histoire Naturelle, à Paris, d’avoir décrit et nommé ces espèces qu’il recevait en herbier et bien sûr, chacun de ces missionnaires
a une espèce qui lui est dédiée !
Vers 1900, un Irlandais, Augustine Henry collecte aussi dans ces contrées chinoises où il repère parfois les mêmes espèces que les pères missionnaires ; il
nous ramène notamment un rhododendron à floraison tardive, R.auriculatum ; tandis que R.augustinii, de très belle couleur bleu-lavande, déjà repérée par l’abbé Soulie, sera nommé en son honneur.
Plus tardivement, arrive un rhododendron très connu maintenant, le R. yakushimanum, décrit
en 1920 par un botaniste japonais.
Nous devons encore à Ernest Henry Wilson l’introduction de plusieurs rhododendrons chinois, dont R.moupinense,
R.williamsianum et R.davidsonianum. Un numéro du Curtis Botanical Magazine de 1915 montre ces deux espèces.
Il existe près de 1000 espèces de rhododendrons, mais les plus grands sont himalayens. D’autres explorateurs viendront par la
suite parcourir les contrées asiatiques, pour confirmer et approfondir la connaissance des Rhododendrons sauvages mais en gros, après 1900, on voit surtout se développer le rôle des horticulteurs
et hybrideurs dont le mérite n’est pas moindre puisque certaines belles espèces (ou des hybrides dont l’allure est très proche), deviennent plus accessibles aux jardins
d’Europe.
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